2018-07-03 
Une nouvelle vision stratégique pour accroître l'impact de la recherche sur le développement

Entretien avec Michel Eddi, président-directeur général sur la nouvelle vision stratégique 2018-2028 du Cirad.

Alors que le Cirad était en mode de déclinaison opérationnelle de la vision stratégique 2012-2022, la direction a décidé de revisiter le contenu du document. Quelles en sont les raisons ?

Michel Eddi : La période que nous traversons se caractérise au niveau mondial par deux mots : l’urgence et la nécessité. Cinq ans après avoir finalisé son premier document de vision, l’établissement a donc relancé sa réflexion stratégique autour de la question du développement. Si, en effet, les défis sont les mêmes, ils ont pris un caractère d’urgence voire d’aggravation, du fait de la dynamique très rapide de certains processus. Je pense à l’impact du changement climatique, à la transition démographique qui tarde à venir en Afrique, et aux questions qui en découlent, telles que, au premier rang pour la France et pour l’Europe, la sécurité et les migrations ou la dégradation accélérée de la biodiversité et des milieux. Face à ces phénomènes préoccupants, on ne peut pas écarter les scénarios du pire pour l’avenir de la planète.

La vision d’un monde binaire - un Nord développé, protégé par sa richesse et un Sud en développement, dépendant étroitement de soutiens extérieurs pour s’en sortir - est aujourd’hui totalement dépassée. La question du développement durable se pose en effet partout et les défis à affronter révèlent l’interdépendance de nos sociétés : l’avenir de tous dépend directement des efforts faits par chacun, à concurrence de ses ressources et de ses responsabilités, dans un monde où une partie non négligeable de l’humanité est en situation de grande pauvreté. C’est pourquoi il est aujourd’hui plus que nécessaire de relever ces défis de manière solidaire et cohérente, grâce notamment au travail des scientifiques au Nord et au Sud. C’est dans cette dynamique globale qu’intervient au plan politique un progrès majeur dans l’émergence de cette conscience collective, avec la signature par l’ensemble de la communauté internationale, en 2015, des grands accords sur le climat et sur les objectifs du développement durable.

Nous sommes dans ce moment singulier de l’histoire ou toutes les sociétés savent qu’elles doivent changer profondément et vite mais hésitent face à l’ampleur des transformations à conduire. Le basculement doit se faire dans la bonne direction, en engageant au Nord et au Sud, les transitions indispensables. Dans ce but, la science a une responsabilité particulière à assumer et un rôle important à jouer. C’est ce qu’essaye de raconter la nouvelle vision.

 

Dans le cadre de cette nouvelle vision, quelles sont les principales inflexions pour la marche du Cirad générées par ces analyses ?

M. E. : Ce qui compte en priorité pour le Cirad, c’est d’avoir un impact plus fort sur le développement, en continuant à se transformer. Telle est la finalité ultime et centrale de sa mission, la science et le partenariat constituant les principaux moyens pour y parvenir. Il s’agit dès lors de repenser nos modalités de programmation et d'action en y introduisant la question de l’impact et ce, ex ante, c'est-à-dire dès la conception des projets de recherche. Cette question est centrale pour parvenir dans les délais si contraints à tenir nos engagements, en renforçant aussi nos partenariats.

Il est en effet tout aussi important de se donner collectivement au niveau des pays des objectifs et des cibles que de construire avec les acteurs les trajectoires d’un développement soutenable pour les atteindre. Pour cela, la vision propose d’intégrer les connaissances et les innovations produites avec les partenaires dans une démarche d’action politique à construire avec les acteurs à l’échelle d’un pays ou d’une région et d’élaborer avec les décideurs des cadres de programmation et d’évaluation pour leur mise en œuvre. Il s’agit donc d’avoir un impact plus fort sur le développement en tenant compte des grandes transitions démographiques, environnementales, climatiques, alimentaires. Le Cirad se donne ainsi l’ambition de promouvoir les cadres et les outils d’une ingénierie des transitions au service des pays du Sud par la science et le partenariat.

Un troisième élément majeur est la nécessité, au-delà de la science, de la technologie et de l’innovation, d’un développement sans précédent des compétences et des capacités des hommes et des femmes à agir et à faire. Il faut donc plus que jamais investir dans la formation pour mettre en œuvre les transitions agro-écologiques à inventer partout, mais aussi développer massivement l’emploi en milieu rural.

 

La vision a été adoptée en décembre 2017. Six mois après, quelles en sont les suites ?

M. E. : La vision stratégique s’inscrit dans un processus de réflexion et de programmation en quatre étapes. Elle en constitue le point de départ. Elle est ensuite déclinée dans un document « d’objectifs de stratégie scientifique et partenariale » (OSSP), c'est-à-dire en actions concrètes et programmées pour les cinq ans à venir. Nous y travaillons depuis janvier 2018. Ce document devra être adopté par le conseil d’administration de l’établissement en décembre 2018.

Sur la base de cette vision et de la programmation qui en découle, deux autres exercices seront alors réalisés. Le premier consiste à définir les chantiers prioritaires qui structureront le futur contrat d’objectif à négocier avec l’Etat. Le deuxième précisera, au travers de la production des « lettres pluriannuelles d’objectifs » (LPO), la contribution attendue de chaque unité de recherche à la mise en œuvre globale de la programmation de l’établissement.

La réalisation de l’ensemble de ces étapes permettra alors au Cirad de passer de l’idée à l’action en augmentant l'impact de la recherche sur le développement.

 

 

 

 

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