2018-07-04 
Usutu : un virus africain sous surveillance en Europe

Dans un article à paraître dans la revue Médecine/Sciences [1], les chercheurs de l’Inserm, du Cirad, de l’Anses, de l'Université et du CHU de Montpellier font le point sur l’émergence du virus Usutu en Europe caractérisée par des épisodes de surmortalités aviaires. Ce virus avait été suspecté chez un patient hospitalisé en 2016 à Montpellier : un diagnostic confirmé et publié en mai 2018 dans la revue Emerging infectious diseases [2]. Deux souches du virus ont été détectées chez les moustiques en Camargue, dont une est mise en cause dans ce cas humain de 2016 [3].

« C’est un virus transmis par les moustiques qui circule chez les oiseaux. Il peut s’attaquer au système neurologique de certains oiseaux, comme les merles noirs, et provoquer chez eux des mortalités importantes. Il a été découvert la première fois en 1959 en Afrique australe, au Swaziland » , révèle Serafin Gutierrez, chercheur virologiste au Cirad au sein de l’unité Astre. Ce virus, nommé Usutu, appartient au genre des Flavivirus auquel appartiennent aussi les virus de la dengue, de la fièvre jaune, du Zika, de l’encéphalite japonaise et de la fièvre du Nil occidental. Ces deux dernières maladies sont étudiées par le Cirad depuis plusieurs années : ce sont des arboviroses zoonotiques, c’est-à-dire des maladies virales animales susceptibles d’être transmises à l’homme par des piqûres d’arthropodes vecteurs, en l’occurrence des moustiques du genre Culex pour Usutu.

« Nous avons été confrontés au virus Usutu alors que nous recherchions des virus associés aux moustiques sur le pourtour méditerranéen, et c’est ainsi que nous nous sommes intéressés à lui ». En Camargue, les chercheurs du Cirad l’ont détecté dans les moustiques de l’espèce Culex pipiens , vectrice également d’autres arbovirus. « Nous avons montré que le virus a circulé activement chez cette espèce de moustique en Camargue en 2015 car on l’a détecté de façon répétée dans plusieurs sites de juin à septembre » , précise Serafin Gutierrez. Deux souches du virus ont été détectées, dont une est mise en cause dans le cas humain à Montpellier, et l’autre dans des mortalités d’oiseaux en Europe en 2016 [3] .

Le virus Usutu est largement méconnu par rapport à d’autres virus avec un cycle de transmission semblable comme le virus de la fièvre du Nil occidental qui a déjà provoqué par le passé quelques cas cliniques chez l’homme et les chevaux dans le Sud de la France. Est-il présent sur le pourtour méditerranéen de façon endémique ou seulement quand des oiseaux migrateurs infectés l’introduisent à partir des régions tropicales ? Quelle est sa capacité à être transmis par les moustiques Culex présents en France ?

Des questions auxquelles les chercheurs du Cirad s’intéressent à travers l’étude, notamment, des interactions entre ce virus, ses vecteurs et l’environnement. Ces travaux de recherche sont menés en collaboration avec l’Unité PCCI (Inserm, Université de Montpellier, CHU de Montpellier, EFS) sur le volet humain et d’autres partenaires (Anses, EID-Méditerranée, Tour du Valat). Ils s’appuient sur le nouveau réseau Vectopole Sud associant notamment l’IRD et l’EID-Méditerranée, et qui rassemble sur Montpellier des infrastructures et des compétences sur les maladies vectorielles uniques en Europe.

Fort heureusement, pour Usutu, seuls 28 cas d’infections humaines ont été rapportés en Europe ces 10 dernières années, aucune mortelle mais certaines ayant causé des atteintes neurologiques sévères. Mais « le virus est à surveiller, l’histoire récente de flambées épidémiques et relativement inattendues d’autres arboviroses comme le Chikungunya ou le Zika invite la communauté scientifique à mieux comprendre ce virus » [1].

Une seule santé au Nord comme au Sud

Fort de son expérience et de ses collaborations sur le terrain tropical, notamment grâce à ses Dispositifs en partenariats, le Cirad déploie, à travers l’UMR Astre, l’approche One Health impliquant les différents acteurs de recherche et de santé sur de nombreuses maladies animales ou zoonotiques prioritaires pour le Sud et à risque pour le Nord comme l’encéphalite japonaise ou la peste porcine africaine. La finalité de ces recherches est de proposer des mesures de surveillance, de prévention et de contrôle adéquates aussi bien au Sud qu’au Nord.

Références

[1] Revue Médecine/Sciences
[2] Human Usutu virus infection with atypical neurologic presentation, Montpellier, France, 2016, Mai 2018
[3] Emergence of two Usutu virus lineages in Culex pipiens mosquitoes in the Camargue, France, 2015, Juillet 2018

 

Contact

Scientifiques

Serafin Gutierrez
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Cirad, Montpellier
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Tél : 04 67 61 75 94
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