2018-08-30 
AQUA 2018 | Pisciculture durable : améliorer l’efficacité alimentaire des tilapias

Optimiser l’alimentation des poissons est le meilleur levier pour réduire les coûts économiques et écologiques de l’aquaculture. Pour sélectionner les tilapias transformant le mieux la nourriture qu’on leur donne, l’efficacité alimentaire est finement étudiée par les chercheurs du Cirad. Des travaux récents ont montré qu’il n’y a pas de corrélation entre efficacité alimentaire et comportement d’agressivité chez le tilapia du Nil. Ces résultats sont présentés par Hugues de Verdal, chercheur au Cirad, devant les 2500 participants du congrès mondial Aqua2018 qui se tient à Montpellier du 25 au 29 août.

Un tilapia au comportement agressif et dominateur ne fera pas forcément preuve d’une meilleure efficacité alimentaire. Cette information pourrait paraitre anodine, mais elle pose une pierre de plus à l’édifice d’une pisciculture durable. L’efficacité alimentaire d’un poisson est le rapport prise de nourriture/prise de poids. Améliorer ce taux de conversion de la nourriture contribue largement à la durabilité de l’aquaculture, et ce pour trois raisons : l’aliment constitue 50 à 70 % du coût d’un élevage piscicole, il représente entre 55 et 85 % des impacts environnementaux de l’aquaculture et certains ingrédients de l’aliment entrent en compétition avec ceux de l’alimentation humaine.

Mesurer l’efficacité alimentaire de chaque poisson est indispensable pour sélectionner les individus possédant le meilleur ratio prise de nourriture/prise de poids. Mais ces informations ne sont pas simples à obtenir. Une solution est d’isoler les tilapias les uns des autres. Mais dès lors, il n’est plus possible d’étudier les interactions sociales, souvent fortes chez les poissons et visibles en élevage. Pour observer les liens éventuels entre rivalité et prise alimentaire individuelle, Hugues de Verdal, chercheur au Cirad, et ses collègues ont eu recours à l’analyse vidéo. Ils ont marqué les poissons pour les reconnaitre, puis les ont filmés pour estimer la fréquence des comportements agressifs (pendant et entre les repas) et compter le nombre de granulés consommés par chaque individu.

 

« Le rang hiérarchique et le comportement d’agressivité n’affectent ni la croissance du tilapia du Nil ni son taux de conversion de la nourriture. L’efficacité d’un poisson dominant n’est donc pas supérieure à celle d’un subordonné, explique Hugues de Verdal. Les individus agressifs ne mangent pas plus que les autres et ne grossissent pas plus vite. Défendre leur position hiérarchique leur coûte probablement une énergie équivalente à celle nécessaire aux subordonnés pour trouver leur nourriture.  »

Au cours de l’expérience, les chercheurs ont donc mis en évidence qu’il existait des moyens fiables et précis d’estimer le ratio prise de nourriture/prise de poids chez les poissons. L’ensemble de ces résultats permet de penser qu’une sélection génétique des tilapias du Nil sur le ratio de conversion alimentaire n’aura pas d’impact négatif sur l’agressivité globale des poissons, ce qui aurait pu être attendu.

 

Le tilapia, 2e poisson d’aquaculture mondiale

C’est le deuxième poisson le plus consommé dans le monde, après la carpe. La production mondiale de tilapias croît à un rythme très soutenu depuis plusieurs années. Cette hausse va perdurer puisque la production mondiale devrait quasiment doubler entre 2010 et 2030, passant de 4,3 à 7,3 millions de tonnes annuelles, selon la FAO.

 

 

 

Top