2018-09-05 
De la phytothérapie en aquaculture pour réduire l’usage des antibiotiques

Des scientifiques du Cirad et de l’IRD testent l’usage de plantes médicinales en alternative aux antibiotiques dans les élevages de poisson. Entre analyses au laboratoire et recherches de terrain, ces travaux innovants visent à limiter le phénomène global d’antibiorésistance et à réhabiliter les savoirs traditionnels de la petite pisciculture familiale d’Asie du Sud-Est. Samira Sarter, chercheuse au Cirad, présentera différentes approches pour un usage prudent des antibiotiques devant les 2500 participants du congrès mondial Aqua2018 qui se tient à Montpellier du 25 au 29 août.

« L’objectif de nos travaux est de réduire le recours aux antibiotiques en aquaculture pour limiter l’antibiorésistance des bactéries » annonce d’emblée Samira Sarter, cheffe de l’équipe Diva (DIVersité ichtyologique et Aquaculture - unité mixte de recherche ISEM) et chercheuse au Cirad. Cela fait plus de 10 ans que la scientifique explore le monde végétal dans ce sens. Les plantes testées proviennent d’informations puisées tant dans la littérature que sur le terrain, à Madagascar d’abord, puis en Asie du Sud-Est.

 

Des savoirs traditionnels…
Dans ces régions d’Asie, berceaux de l’aquaculture, l’usage de plantes médicinales est courant. C’est ce qu’a révélé une enquête ethnobotanique réalisée en partenariat avec l’IRD dans des fermes aquacoles au nord du Vietnam. 66 % des 280 pisciculteurs consultés utilisent des plantes dans leurs bassins d’élevage. 24 espèces végétales sont ainsi utilisées en traitement et en prévention de maladies, principalement bactériennes et fongiques. Feuilles, fleurs, racines, entières ou hachées, sont parfois incorporées à l’alimentation, mais le plus souvent simplement introduites dans les bassins.

… aux analyses de laboratoire
De retour dans leur laboratoire, les chercheurs étudient les propriétés antibactériennes de certaines plantes, comme la verveine exotique (Litsea cubeba). Trois concentrations de poudre de feuilles de L. cubeba ont été ajoutées à l’alimentation d’élevages expérimentaux de carpes pendant 21 jours : 2, 4 et 8 %, ainsi qu’un groupe contrôle à 0 %. Les poissons nourris avec les doses de 4 et 8 % ont vu leur système immunitaire renforcé et notamment un meilleur taux de survie après infection par la bactérie pathogène Aeromonas hydrophila.
Ces investigations sont très innovantes dans la recherche aquacole mondiale. « Notre double approche, croisant ethnobotanique et analyses de laboratoires, est pertinente à la fois pour la conservation des savoirs traditionnels et pour prouver l’efficacité des plantes médicinales en pisciculture comme une alternative possible aux antibiotiques  », confie Samira Sarter.

L’antibiorésistance, un problème majeur et globalisé
Les résidus de ces médicaments dans les élevages de poissons contribuent au grave problème de l’antibiorésistance. D’autant que l’aquaculture fournit déjà la moitié de la consommation mondiale en produits animaux aquatiques et que ce ratio devrait augmenter puisque la pêche restera, dans le meilleur des cas, stable pendant les prochaines décennies.

 

Contact

Samira Sarter
Montpellier, France
Courriel

 

https://www.cirad.fr/actualites/toutes-les-actualites/articles/2018/science/phytotherapie-antibiotique-aquaculture

 

 

 

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