2018-09-10 
Tirer le meilleur parti des traitements du VIH au Cameroun

 


© IRD/J.-G. KAYOUM

Une étude sur l’efficacité des traitements du VIH/sida au Cameroun, menée pour la première fois en zone urbaine et rurale, révèle des taux de succès thérapeutiques insuffisants. Elle appelle à renforcer le suivi biologique et l’accompagnement des patients par les soignants, y compris dans l’arrière-pays.

Distribuer des médicaments ne suffit pas à soigner convenablement les patients atteints du VIH. Une étude menée au Cameroun 1 , pour la première fois à l’échelle nationale, souligne les points à améliorer pour tirer le meilleur parti des traitements. « Jusqu’à présent les travaux d’évaluation de la prise en charge du VIH/sida au Cameroun ont toujours été faits dans les capitales et les grandes métropoles , explique Avelin Aghokeng, virologue dans l’unité Recherches translationnelles sur le VIH et les maladies infectieuses (TransVIHMI) de l’IRD. Les résultats obtenus en zone urbaine, où les conditions de vie et l’accès aux structures sanitaires sont favorables, ne reflétaient pas la situation générale du pays, et empêchaient de se poser les bonnes questions, en particulier dans un objectif global d’éradication de l’infection d’ici à 2030 2 .  »

Maintenir les malades en bonne santé


© IRD/A. Aghokeng L'accompagnement par le corps médical du traitement aux antirétroviraux conditionne la santé des patients infectés au VIH.

Depuis le début de l’épidémie de VIH, il y a près de 35 ans, les pays d’Afrique subsaharienne sont en première ligne. Les deux tiers des 37 millions de personnes infectées recensées dans le dernier rapport de l’Onusida y vivent. Les traitements antirétroviraux mis à disposition visent à réduire la charge virale des patients. Lorsqu’elle est suffisamment faible, leur organisme peut développer des défenses pour se protéger et le risque de transmission est significativement restreint. Pour y arriver, le traitement doit être scrupuleusement pris et le patient régulièrement suivi par le corps médical. L’objectif de maintenir le malade en bonne santé doit composer avec l’adhésion de celui-ci au traitement, avec la tendance des virus à développer des résistances aux médicaments utilisés et avec un nombre limité de molécules dans l’arsenal thérapeutique disponible.

« Pour s’assurer de l’efficacité des traitements, contrôler l’apparition de variants résistants du virus et estimer si ceux-ci justifient de réviser la nature des médicaments utilisés, nous conduisons régulièrement des études auprès des patients traités, comme dans tous les autres pays d’Afrique, indique le chercheur. Il s’agit de mesurer leur charge virale et d’identifier la souche du virus qui les infecte.  »

Dure réalité de l’échelle nationale

Pour s’affranchir des disparités sanitaires régionales, cette surveillance recommandée par l’OMS a été menée de 2014 à 2016 à l’échelle du pays. 30 centres de traitements, dont 20 en zone urbaine et 10 en zone rurale, ont été tirés au sort pour participer à cette étude. 1 500 de leurs patients ont été recrutés, et répartis en deux groupes : ceux traités depuis 12 à 24 mois et ceux traités depuis 48 à 60 mois. Un prélèvement de sang a été effectué chez chacun d’eux. « Pour nous adapter aux conditions rudimentaires des centres de l’arrière-pays, nous avons eu recours à la technique du sang collecté et séché sur papier-filtre 3 , qui a permis de conserver et transporter les prélèvements sans chaîne du froid jusqu’au laboratoire du ministère de la recherche à Yaoundé », précise Avelin Aghokeng.


© IRD/A. Aghokeng La technique du sang séché sur papier-filtre permet de mener des recherches mais aussi d’assurer le suivi en routine des patients traités jusque dans l’arrière-pays camerounais.

Le premier résultat montre, à l’échelle nationale, qu’on retrouve une charge virale supérieure à 1000 virus par millilitre de sang - témoignant d’un échec thérapeutique -, chez 27 % des patients traités depuis 12 à 24 mois. Il est bien différent des chiffres obtenus précédemment dans les grandes villes, où ce taux n’atteignait que 10 %. Ce même échec thérapeutique affecte 33 % des patients traités depuis 48 à 60 mois. « Si l’on ajoute à cela les patients perdus de vue ou décédés depuis le début du traitement, le taux d’échec pourrait atteindre 50 % , estime le spécialiste. On est bien loin des objectifs fixés par l’OMS d’obtenir 90 % de succès thérapeutiques d’ici 2020…  »  Ce taux d’échec élevé suggère que le manque d’observance du traitement par les patients et l’apparition de résistances du virus ne sont pas suffisamment pris en compte par le corps médical. Les tests de charge virale – que l’OMS recommande de pratiquer tous les six mois - sont très peu utilisés. Ils permettraient pourtant de déceler une mauvaise prise des médicaments ou une résistance du virus, et de déclencher une action d’éducation thérapeutique ou un changement de molécule selon les cas. « Il faut améliorer le suivi biologique régulier des patients, au Cameroun comme dans les autres pays africains. Nous avons montré lors de cette étude que cela pouvait être mené, avec des méthodes simples, même au bout du pays  », conclut Avelin Aghokeng.

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Notes :
1. Gaëlle F. Tchouwa, Sabrina Eymard-Duvernay, Amandine Cournil, Nadine Lamare, Laetitia Serrano, Christelle Butel, Silvia Bertagnolio, Eitel Mpoudi-Ngole, Elliot Raizes, Avelin F. Aghokeng, on behalf of the EHRICA Study Group. Nationwide Estimates of Viral Load Suppression and Acquired HIV Drug Resistance in Cameroon , EClinicalMedicine, 11 juillet 2018, doi : 10.1016/j.eclinm.2018.06.005
2. En finir avec l’épidémie de sida d’ici à 2030, une action de l’Onusida dans le cadre des ODD
3. Aussi appelée dried blood spot (DBS)

 

http://www.cameroun.ird.fr/toute-l-actualite/l-actualite/tirer-le-meilleur-parti-des-traitements-du-vih-au-cameroun

 

 

 

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