2018-11-08 
Le bio, moteur de développement en Afrique ?

En Afrique, l’essor de l’agriculture biologique est bien là, même s’il est encore timide. Au Cirad, des chercheurs étudient les conditions technologiques et institutionnelles pour accompagner une agriculture biologique capable de répondre aux enjeux de sécurité alimentaire et de croissance démographique du continent. Des résultats présentés lors de la 4e conférence africaine sur l’agriculture biologique organisée au Sénégal, du 5 au 8 novembre.

 

Le bio, une trajectoire structurante du développement agricole

En Afrique, les enjeux du développement de l’agriculture biologique ont un caractère spécifique en raison du besoin de sécuriser l’alimentation d’une population en pleine croissance démographique mais aussi de la permanence d’une agriculture d’autoconsommation très peu consommatrice d’intrants chimiques. Plutôt connu par le biais de produits certifiés et exportés vers les pays du Nord, le potentiel de l’agriculture biologique pour le développement du continent est encore peu éprouvé. Ce mouvement est pourtant en plein essor. Une synthèse collective, animée par Ludovic Temple, économiste au Cirad, documente comment le bio peut constituer une trajectoire technologique structurante du développement du secteur agricole et alimentaire en Afrique.

Émergence d’un mouvement continental

Depuis quelques années, l’agriculture biologique s’institutionnalise en Afrique avec la naissance de réseaux au niveau continental comme AfrONet (African Organic Network), créé en 2014. Il promeut l’agriculture biologique et écologique sur le continent à travers l’organisation d’événements comme la quatrième conférence africaine sur l’agriculture biologique qui aura lieu très prochainement au Sénégal, avec la participation du Cirad (voir encadré).

La success-story de l’Ouganda

En Ouganda, l’agriculture biologique s’est progressivement institutionnalisé depuis les années 1990. Ce pays d’Afrique de l’Est compte aujourd’hui 200 000 producteurs certifiés « bio », un mouvement national a émergé (NOGAMU - National Organic Agricultural Movement of Uganda) et une politique dédiée est en cours d’élaboration. « Dans ce pays, le bio est adopté par une agriculture majoritairement familiale, et en terme de nombre d’agriculteur engagé dans le mouvement, l’Ouganda est le premier pays africain, et le deuxième dans le monde après l’Inde,  » précise Pauline Bendjebbar, doctorante au Cirad qui a consacré sa thèse de sciences politiques à l’institutionnalisation de l’agriculture biologique en Afrique.

Deux idées reçues sur le bio en Afrique

Les travaux de la jeune chercheuse l’ont amené à déconstruire deux idées reçues :

  • L’agriculture biologique africaine est « biologique par défaut »
    C’est un fait que l’agriculture africaine repose sur des techniques traditionnelles naturelles et possède le niveau d’utilisation d’intrants chimiques le plus faible du monde. Mais plusieurs articles scientifiques montrent les graves problèmes et pollutions générées par les intrants de synthèse sur le continent, en particulier dans les zones périurbaines. En outre, pour les promoteurs de l’agriculture bio, les techniques sont réfléchies et plus structurées que celles traditionnelles.
  • L’agriculture biologique africaine est vouée à l’exportation vers les pays du nord
    L’exportation de produits certifiés par tierce partie a effectivement été un des moteurs dans le développement du bio en Afrique, mais beaucoup d’initiatives en agriculture biologique ont été lancées avec des objectifs de sécurité alimentaire. Les modèles de certification sont bien plus variés que dans les pays du Nord, comme les systèmes participatifs de garantie (SPG), peu connus en Europe.

Certification : l’exemple européen n’est pas à suivre

Pour se développer dans toute sa diversité, l’agriculture bio doit pouvoir être certifiée, quels que soient les contextes et les marchés visés. « En la matière, l’exemple européen, où le système de certification par tierce partie a supplanté tous les autres, n’est pas à suivre,  » assure Sylvaine Lemeilleur, économiste au Cirad. Dans le reste du monde, plusieurs systèmes de certification coexistent, et bien souvent pour le meilleur. Au Brésil par exemple, plusieurs modèles de certification donnent accès au même standard national d’agriculture biologique.

Soutenir des formes diversifiées de certifications

« Conserver une combinaison de systèmes de garantie est le meilleur moyen d’inclure le maximum de producteurs dans le mouvement du " bio ".  » Pour l’économiste spécialiste des SPG, chaque mode de certification possède des avantages et des inconvénients. La certification par un tiers coûte cher au producteur, quand les SPG leur demandent du temps et de l’implication, notamment pour coordonner les visites de contrôle. La première est plutôt adaptée à une production d’exportation, alors que les SPG conviennent mieux aux marchés locaux et nationaux. « Quand les pays africains auront leurs propres politiques publiques en matière d’agriculture biologique, ils devront veiller à les harmoniser dans une optique inclusive. Par exemple, si des aides à la conversion en bio sont créées, il faut qu’elles puissent concerner tous les systèmes de certification de manière à n’exclure aucun agriculteur.  »

 

La 4e conférence africaine sur l’agriculture biologique

Le Cirad participe à la 4e conférence africaine sur l’agriculture biologique au travers de trois présentations :

  • L’agriculture biologique en Afrique, un moteur technologique pour la sécurité alimentaire ?
    L. Temple, G. Bayiya, H. De Bon, E. Malézieux, S. Mathe
  • Comment protéger les fruits et les légumes dans une ferme biologique en Afrique subsaharienne
    T. Martin
  • Connaître les plantes utiles pour l’agriculture biologique d’après la littérature : construction et exploration d’une base de connaissances pour la santé végétale et animale
    P. Martin, S. Sarter, M. Huchard, A. Tagne, Z. Ilboudo, P. Marnotte, P. Silvie
     

Contact

Pauline Bendjebbar
Montpellier, France
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Sylvaine Lemeilleur
Montpellier, France
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Ludovic Temple
Montpellier, France
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