2018-03-20 
Flambée massive de dengue à craindre à La Réunion : la recherche mobilisée

L’île de La Réunion connaît actuellement une épidémie de dengue, qui s’est déclarée en décembre 2017. Contrairement aux épisodes précédents, une flambée massive est possible, en raison de la persistance de la transmission du virus en période de transition entre l’hiver austral et la saison pluvieuse. Dans ce contexte, l’IRD et ses partenaires sont fortement mobilisés, dans le domaine de la lutte antivectorielle (LAV).

© IRD/Nil Rahola Majoritaire sur l’île de La Réunion, le moustique tigre est le vecteur principal de la dengue, du virus Zika, du chikungunya et de la fièvre jaune.

Contrairement aux années antérieures, où le nombre de cas diminuait significativement à la fin du mois de décembre, des foyers de transmission de dengue se sont maintenus à l’ouest de l’Ile de La Réunion fin 2017. Ils laissaient craindre une crise épidémique majeure durant la saison pluvieuse, propice à l’augmentation de la densité des moustiques, vecteurs du virus. Cette prédiction se confirme aujourd’hui, puisque la Cellule de l'Institut de veille sanitaire Océan Indien (CIRE) vient d’annoncer une phase d’alerte épidémique en mars 2018 et déclenché le niveau 2B du plan ORSEC1 de lutte contre les arboviroses.

Le virus de la Dengue appartient au genre Flavivirus, qui regroupe des virus à ARN transmis par les moustiques comme le virus de la fièvre jaune, de la fièvre du Nil occidental, de l’encéphalite japonaise et Zika. Les scientifiques ont distingué 4 sérotypes du virus de la dengue : DENV-1, DENV-2, DENV-3 et DENV-4. L’épidémie en cours à La Réunion implique en majorité des cas autochtones de sérotype DENV-2, suivi de DENV-1 et DENV-4, majoritairement importés. Le moustique tigre (Aedes albopictus ), majoritaire sur l’île, est suspecté d’être le vecteur impliqué dans cette transmission épidémique. Néanmoins, l’espèce vectrice majeure (Aedes aegypti ) est de plus en plus signalée à La Réunion, y compris dans les zones de transmission active.

Du point de vue thérapeutique, l’échec du vaccin tétravalent Dengvaxia de Sanofi rappelle les difficultés pour développer un traitement efficace contre les quatre souches de dengue simultanément. Face à l’absence de thérapies efficaces contre la dengue et la plupart des arboviroses, la lutte antivectorielle demeure le moyen le plus efficace pour prévenir la transmission du virus. Plusieurs moyens existent, comme la protection individuelle contre les piqûres, ou la protection communautaire, par l’élimination mécanique des gîtes larvaires ou l’application d’insecticides.

© IRD/Thibaut Vergoz Elevage de larves de moustiques dans le cadre du projet Technique de l'insecte stérile (TIS) à La Réunion.

En plus des actions menées par le service de la veille et de la sécurité sanitaire de l’Agence de santé Océan Indien (ARS OI), de nouvelles méthodes innovantes de lutte sont en cours de développement par les laboratoires MIVEGEC (IRD, CNRS, Université de Montpellier), PIMIT (IRD, CNRS, INSERM, Université de La Réunion) et l’entreprise SymbioTIC. Il s’agit notamment de la Technique de l’insecte stérile (TIS) et de la Technique d’incompatibilité Cytoplasmique (TIC), qui reposent sur l’introduction de moustiques mâles rendus "stériles" (respectivement par irradiation aux rayons X et par la bactérie Wolbachia  en laboratoire) dans les populations naturelles de moustiques. Ces derniers entrent alors en compétition avec les mâles sauvages et génèrent, après accouplement avec les femelles, des pontes non viables, anéantissant ainsi la descendance. 

Dans ce contexte de récurrences, constatées mais peu investiguées, de la dengue à La Réunion et les autres îles du sud-ouest de l’Océan Indien, le laboratoire PIMIT a initié plusieurs axes de recherche sur la séro-épidémiologie, l’origine et la variabilité des souches épidémiques, l’évolution virale et la pathogénicité, la génétique des populations du vecteur et sa capacité vectorielle (capacité à s’infecter puis à retransmettre le virus), et surtout le développement de stratégies innovantes anti-infectieuses et de contrôle, utilisant la biodiversité endémique.

Bien que les stratégies de lutte aient permis dans certaines circonstances de limiter la transmission, les épidémies de dengue ne cessent de gagner de nouvelles zones géographiques, consécutives à l’introduction et à l’invasion des moustiques vecteurs ainsi qu’à leur résistance vis-à-vis des insecticides utilisés. Plus de 100 pays, regroupant un quart de la population mondiale, sont considérés à risque d’épidémie de dengue. Le développement de nouvelles stratégies innovantes de lutte antivectorielle est ainsi encouragé au niveau mondial.

 

Note :

1. Organisation de la Réponse de Sécurité Civile.

 

http://www.ird.fr/toute-l-actualite/communiques-et-dossiers-de-presse/cp-2018/flambee-massive-de-dengue-a-craindre-a-la-reunion-la-recherche-mobilisee/(language)/fre-FR

 

 

 

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