2018-06-11 
Des larves au menu

D’après un rapport de la FAO, nous serons 9,7 milliards d’êtres humains en 2050. La production alimentaire devra alors augmenter de 70 % pour nourrir tout le monde. Dans ce contexte, les insectes se présentent comme une source de nourriture alternative possible. Mais quelle est leur qualité nutritionnelle ? Le point sur celle des larves de charançon de palmier.

© IRD/Joseph Fumtim Appelées foss au Cameroun, les larves de charançons constituent un mets très apprécié.

« Vous reprendrez bien un peu de larves de charançon du palmier ?  » Telle pourrait être la proposition de votre hôte lors d’un prochain repas. Mais de quelles larves parle-t-on ? Les jaunes ou les blanches, celles que l’on récolte ou celles qu’on élève ? Et, se valent-elles toutes en termes de qualité nutritionnelle ? Les derniers travaux, menés au Cameroun par une équipe où s'associent l'Inra, l'université de Yaoundé 1 et l'IRD, répondent à ces questions et montrent que, sauvages ou élevées, les dodues larves présentent les mêmes bénéfices pour ceux qui les consomment 1. Dans un scénario d’insécurité alimentaire d’ici 30 ans évoqué par la FAO, elles pourraient constituer une source de nourriture alternative et complémentaire… 

Top 3 des insectes de table

« Nous nous sommes penchés sur le cas des larves de charançon de palmier, car elles sont déjà consommées dans toute la zone intertropicale, qu’il s’agisse de l’Amérique, de l’Afrique, de l'Asie ou de l'Indonésie , raconte Philippe Le Gall de l’unité Évolution, génomes, comportement et écologie. Avec les termites et les chenilles de papillon de nuit, elles font partie du top 3 des insectes les plus appréciés.  » Elles possèdent un avantage indéniable : elles sont disponibles toute l’année, contrairement à d’autres insectes dont le cycle de reproduction comporte des pauses.

« Traditionnellement, la récolte des larves se fait en recherchant des raphias plus ou moins morts dans lesquels les charançons ont pondu. Dans certaines régions du Cameroun, les villageois ont élaboré une méthode de semi-élevage : ils abattent les raphias pour inciter les charançons à s’y reproduire  », explique l’entomologiste. Le coût environnemental s’avère énorme… Pour développer un projet de production de larves à plus faible impact, l’IRD, le CIFOR 2 et une association camerounaise, LIFT 3, se sont alliés et ont mis au point une ferme d’élevage des larves ! Une tige de raphia dans une boîte permet ainsi de produire 276 larves, soit 8 fois plus que la méthode traditionnelle de collecte !

Dans ce cadre Philippe Le Gall et John Muafor, fondateur de l’ONG LIFT, viennent de déterminer la composition nutritionnelle des chenilles. Non seulement en comparant les larves d’élevages et les larves sauvages, mais également en distinguant parmi ces dernières, les blanches et les jaunes. « Ces deux morphotypes existent à l’état naturel, et bien qu’ils soient vendus à des prix et sous des noms différents, il s’agit de la même espèce, conclut le chercheur. L’analyse de séquences ADN l’a prouvée  ». Au-delà de leur différence de couleur, les larves jaunes ont une peau plus dure et vivent sur des types de raphias différents de ceux des blanches.

Autant de protéines

© IRD/Joseph Fumtim Une dodue larve de charançon, source nutritive de qualité

Ces différences se traduisent-elle dans leurs valeurs nutritionnelles ? Pas dans tous les domaines. Premièrement, les larves sauvages, plus grandes, pèsent plus lourds et contiennent plus de lipides que celles d’élevage. Deuxièmement, les jaunes possèdent plus de lipides et de précurseurs de la vitamine A que les blanches. Elles sont d’ailleurs plus énergétiques. « En revanche, le profil des lipides est le même dans les trois groupes étudiés : il s’agit d’oméga-3 et d’acide linoléique, des acides gras insaturés, recommandés par les nutritionnistes !  », précise Philippe le Gall. Troisièmement, « même s’il existe des variations, du point de vue protéique, la composition en acides aminés est similaire pour toutes les larves.  »

En lien avec le LIFT, Philippe Le Gall continue ses travaux pour explorer les possibilités d’exploiter les charançons en tant que ressource alimentaire pour l’Homme ou l’Animal : mise au point de croquettes moitié farine de maïs-moitié farine d’insectes pilés ; étude de farine de larves pour la pisciculture… Autant de pistes prometteuses dont certaines pourront prochainement être valorisées : une unité pilote de transformation est en cours d’installation à Yaoundé.

 

 

Notes
1. Aymar Rodrigue Fogang Mba, Germain Kansci, Michèle Viau, Lucie Ribourg, John Fogoh Muafor, Nordine Hafnaoui, Philippe Le Gall, Claude Genot, Journal of Food Composition and Analysis,   Growing conditions and morphotypes of African palm weevil (Rhynchophorus phoenicis) larvae influence their lipophilic nutrient but not their amino acid compositions, 19 février 2018
2. Centre de recherche forestière internationale
3. Living Forest Trust

 

Pour en savoir plus
Vidéo sur la ferme d’élevage de larves de charançon au Cameroun (en anglais)

 

 

 

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