2018-10-25 
Les stocks de carbone forestier surestimés depuis 50 ans

Une formule employée pour calculer la densité basale du bois vient d’être corrigée. Cette densité est couramment utilisée pour estimer le carbone stocké par un arbre. Les chercheurs considèrent que cette erreur dans la formule initiale conduit à une surestimation des stocks de carbone forestier de près de 5 %. Des résultats publiés dans la revue scientifique American Journal of Botany le 16 octobre.

C’est une petite correction, mais elle est loin d’être anecdotique pour les écologues forestiers et les spécialistes du cycle du carbone. L’erreur résidait dans une formule établie il y a près de 50 ans (en 1971) pour calculer la densité basale du bois. Sachant que la densité basale sert à évaluer la quantité de carbone contenu dans un arbre, la correction de cette formule implique que les stocks de carbone forestier ont pu être surestimés de 4 à 5 %. « Cette nouvelle formule devrait permettre de connaître avec plus de précision le rôle des forêts dans le cycle du carbone et l’impact de la déforestation sur le changement climatique,  » explique Ghislain Vieilledent, écologue au Cirad et premier auteur des travaux publiés dans la revue American Journal of Botany le 16 octobre.

Depuis plus de 70 ans, le Cirad entretient une base de données sur 1300 essences et près de 4500 arbres. C’est en voulant valoriser ce patrimoine que Ghislain Vieilledent et ses collaborateurs au Cirad et à l’Université Paul Sabatier de Toulouse ont révélé une incohérence dans un facteur de conversion : celui utilisé pour calculer la densité basale d’un arbre à partir de la densité du bois à 12 % d’humidité, correspondant au taux moyen d’humidité du bois en région tempérée. Cette dernière caractéristique technique étant largement disponible dans les bases de données de technologie du bois, il suffit aux écologues de lui appliquer un facteur de conversion pour obtenir la densité basale d’une espèce d’arbre. Or, c’est précisément la valeur de ce facteur de conversion qui ne collait pas avec les nouveaux calculs des chercheurs. « Au départ, j’ai pensé à une erreur dans nos calculs ou à des incertitudes de mesure associées aux données. Il paraissait difficile de remettre en cause une formule considérée comme admise depuis de nombreuses années et reprise dans plusieurs articles scientifiques.  »

C’est en réexaminant les données de la base historique du Cirad que les chercheurs ont déterminé une nouvelle formule pour obtenir la densité basale à partir de la densité à 12 %. Ce nouveau facteur de conversion sera utilisé pour calculer la densité basale du bois dans les bases de données d’écologie forestière. Il va notamment permettre de mettre à jour la base de données mondiale sur la densité des bois, à laquelle travaillent Jérôme Chave et Fabian Fischer au CNRS-Université Paul Sabatier de Toulouse, coauteurs de la publication. Cette correction permettra d’estimer avec plus de précision les stocks de carbone forestier et de mieux comprendre le rôle des forêts dans la régulation du climat.

Une base de données entretenue depuis 70 ans

Propriétés physiques, mécaniques, chimiques, de durabilité ou d’usinage… Le Cirad mesure les caractéristiques technologiques des bois tropicaux et les répertorie dans une base de données initiée dans les années 1940. Ces informations sur les propriétés intrinsèques des bois tropicaux proviennent de plusieurs milliers de tests et de séries d’essais et regroupe aujourd’hui des données pour plus de 1250 espèces d’arbres tropicaux. Un outil précieux aujourd’hui actualisé et enrichi par Jean Gérard, coauteur de la publication, et ses collègues au sein de l’unité de recherche BioWooEB du Cirad.

 

 

 

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